Après trois saisons passées chez Arkéa – B&B Hotels, Mickaël Leveau s’apprête à tourner la page. La disparition de l’écurie met fin à son rôle de directeur sportif, un poste qu’il a occupé pendant 18 ans et qui l’a mené au plus haut niveau du cyclisme sur route. À 49 ans, le natif d’Argentan (Orne) raconte ce métier où l’anticipation fait tout.
Un job d’anticipation et de coordination Pour un directeur sportif, la saison démarre par la construction du calendrier de courses. Une fois la feuille de route fixée, place à l’organisation millimétrée: réunions avec le staff pour la logistique, échanges avec les coureurs sur les objectifs, briefings et débriefings systématiques. Rien n’est laissé au hasard, du choix du matériel aux rôles de chacun le jour J.
Sur les Grands Tours, zéro imprévu Tour de France, Giro, Vuelta: pendant trois semaines, l’objectif est d’éliminer toute zone d’ombre. Leveau coordonne cuisine, médical, mécanique et intendance pour que l’équipe avance sans accroc. Chaque minute compte: il faut piloter une vingtaine de personnes et une dizaine de véhicules, prévoir les transferts, les horaires, les ravitaillements et les plans B en cas de pépin. Le moindre oubli se paie cash, d’où l’importance du travail collectif.
La performance se joue surtout dans les jambes Même avec une préparation parfaite, la vérité de la course reste impitoyable. À ce niveau, tout le monde maîtrise la récupération, le matériel et la lecture de course; la différence se fait surtout sur la puissance physique. Leveau le rappelle avec l’exemple du Tour de Suisse 2025: Kévin Vauquelin, maillot jaune en poche avec 33 secondes d’avance, termine finalement 2e du général après avoir concédé 1’40” à João Almeida, coureur de l’équipe de Tadej Pogacar. Des courses toujours plus dures, souvent dominées par les mêmes leaders.
Ascenseur émotionnel garanti Le Tour de Suisse figure parmi ses plus beaux souvenirs. À l’inverse, la lourde chute de Jenthe Biermans dans un ravin au Tour d’Italie reste un moment très dur. Ce métier offre des joies immenses difficiles à trouver ailleurs, mais aussi des déceptions brutales: défaillances en haute montagne, abandons sur chute, objectifs qui s’envolent en quelques secondes.
Et après ? Fort de son expérience au sein d’une équipe cycliste professionnelle, Mickaël Leveau souhaite poursuivre dans le vélo. Il n’écarte toutefois pas l’idée d’ouvrir un nouveau chapitre dans un autre secteur si l’occasion se présente. Pour cet Argentanai, directeur sportif rime avec rigueur, sang-froid… et passion du cyclisme.